Notre zone d'intervention

La zone du Projet de lutte contre la pauvreté dans L'Aftout-Sud et le Karakoro comprend l’ensemble des zones rurales des « moughataas » de M’Bout (« willaya » du Gorgol), Ould Yengé (« willaya » du Guidimaka) et Kankossa (« willaya » de l’Assaba).

D’altitude peu élevée (200 à 300 m en général, un minimum de 20 m et un maximum de 380m), elle se trouve à la charnière entre les deux bassins sédimentaires sénégalo-mauritanien à l’Ouest, et du Taoudenni à l’Est. Une zone de schistes à l’Ouest et de grès à l’Est encadrent un compartiment central volcano-sédimentaire à la géologie et l’hydrogéologie plus complexes (extrémité Sud du massif de l’Assaba). L’essentiel de la zone est couvert par des plaines aux sols sablo-limoneux d’origine alluviale ou éolienne, squelettiques et à faible teneur en matière organique, et un réseau d’oueds où les sols, mal drainés et profonds, sont formés de limons fins et d’argile. Le couvert végétal est constitué d’une steppe herbacée (Cenchrus biflorus, Dactylocténium aegyptium, Panicum leatum et Aristida mutabilis) à épineux (Balanites, aegyptiaca, Combretum glutinosum, Ziziphus mauritiana, et de couloirs arborés (Doumiers, Hyphaene et Cucifera Thebaica) le long des principaux oueds (Karakoro à l’Est, Garfa au centre, Gorgol Noir à l’Ouest).



Les précipitations ont été, en moyenne sur les quarante dernières années, de l’ordre de 350 mm par an. Hormis leur impact sur la disponibilité en pâturages, seule une part marginale de ces précipitations est valorisée par l’agriculture. Du fait des pentes relativement fortes et des substrats imperméables (schistes ou grès), même si le réseau hydrographique est dense et bien structuré, l’infiltration est faible, les crues sont brutales et le ravinement important. Ce dernier est plus critique dans les zones schisteuses de M’Bout, mais se retrouve dans l’ensemble de la zone dès que la continuité du couvert végétal est altérée (pente forte, rupture de pente, surpâturage ou piétinement animal ou humain, etc.). Ce ravinement régressif et l’érosion en nappe dissèquent et appauvrissent les pâturages et les terres agricoles, et creusent et élargissent les oueds, emportant les sols plus fertiles situés sur les berges des lits mineurs. Du fait de la géomorphologie, le potentiel d’exploitation des eaux souterraines est faible. Les seuls aquifères significatifs sont ceux, superficiels, des lits des oueds (quelques mares permanentes sur le Karakoro). La fissuration des substrats rocheux donne naissance à quelques sources de faible débit situées en pied de plateau. Par contre les eaux de surface, si elles sont un facteur clé de dégradation du milieu, constituent aussi un potentiel important et quasiment inexploité.

Sur la base du recensement de 2000, la population totale est estimée pour 2010[1] à
230 000 habitants dont 200 000 ruraux.  La moughataa de M’bout compterait environ 95 000 habitants (soit 17,6 hab./km2), celle de Kankossa 74 000 (7 hab./km2) et celle d’Ould Yengé 59 000 (17.3 hab./km2). Toujours sur cette base, le taux de masculinité au sein de la population rurale active serait de 47%, ce qui attesterait, déjà à cette époque, d’une émigration masculine significative mais encore limitée. L’habitat dispersé correspond à une sédentarisation récente, mais aussi à une répartition sur l’espace en fonction des ressources naturelles (eau, terres agricoles, pâturages) limitées et fragiles de chaque localité. Quatre groupes sociaux s’articulent au sein de la zone: (i) les Haratins, groupe social le plus important surtout dans les moughataas de M’Bout et Kankossa, (ii) les Peul, sédentarisés et présents sur l’ensemble de la zone, (iii) les Maures « blancs » sédentarisés et qui, dans les oasis, sont devenus agriculteurs, (iv) les Soninké, majoritaires dans la moughataa d’Ould Yengé, agriculteurs et régis par une organisation sociale hiérarchisée et très stricte, notamment en termes d’accès au foncier.

Alors qu’au niveau national, 35% des ménages sont considérés comme pauvres, ce taux atteint 74% à M’Bout, 65% à Kankossa et 44% à Ould-Yengé. L’extrême pauvreté touche 60% de la population à M’Bout, 48% à Kankossa et 37.6% à Ould-Yengé. En 2009 63% des ménages de la zone ont connu une période de disette d’une durée moyenne de 7 mois. Près du tiers des enfants de moins de cinq ans souffre de malnutrition chronique. Le niveau d’alphabétisation est faible (25% des hommes et 16% des femmes), y compris chez les 15 à 24 ans (38% des garçons et 30% des filles). Même si le nombre de ménages ayant accès à une eau de bonne qualité a doublé au cours des dernières années il n’était estimé en 2009 qu’à 27%.

Aucune route goudronnée, ni même en terre, ne dessert la zone à l’exception de l’axe Nouakchott-Sélibaby (en cours d’achèvement) qui traverse puis longe la partie Ouest du Sud de la zone. La réalisation d’un axe Nord-Sud Kiffa-Selibaby, le long du Karakoro sera entreprise à partir de 2012. Elle constituera un apport majeur au désenclavement d’une zone dont les possibilités d’accès aux marchés, et même de communication interne, sont très limitées. Les voies routières sont constituées de traces nécessitant des véhicules adaptés, et coupées en de nombreux points critiques qui les rendent intransitables en saison des pluies. Le PASK I a traité un certain nombre de points critiques de la transversale M’Bout Ould Yengé. La quasi-totalité de la zone est couverte par le réseau de téléphonie mobile (avec possibilité d’accès à internet). La zone ne compte qu’une dizaine de petits marchés de très faible activité.

Le secteur primaire absorbe 84% de la main d’œuvre locale. Les espaces sylvo-pastoraux couvrent l’essentiel de la zone. Ils sont utilisés par de petits éleveurs issus de la zone qui pratiquent un élevage extensif (souvent de troupeaux confiés) et une transhumance limitée, mais aussi par des troupeaux exogènes en particulier dans les couloirs de passage Nord-Sud qui jouxtent le Karakoro (transit vers le Mali et surtout le Sénégal). En saison sèche l’élevage de case pratiqué essentiellement par les femmes est limité par la disponibilité en pâturages. Les feux de brousse constituent un risque important, les pare-feux existants restant largement insuffisants. L’agriculture est limitée par le manque de terres cultivables et la faiblesse des précipitations. On peut distinguer plusieurs systèmes (i) pluvial dit de « diéri », (sorgho, petit mil, niébé et pastèque), (ii) décrue dit de « walo », pratiqué dans les zones inondables naturelles ou situées en amont de petits barrages ou de micro-diguettes (moins de 100 ouvrages au total et tous ne sont pas fonctionnels), (iii) agriculture de type oasien (dattier, doûmier, maraîchage, blé, orge) pratiquée autour des mares, le long de l’oued Karakoro. Ces systèmes sont pratiqués par de petits agriculteurs qui, pour la quasi-totalité, sont touchés par la pauvreté ou l’extrême pauvreté. Leur niveau d’équipement est très faible, ils ne sont pas organisés et n’ont accès ni aux marchés (l’enclavement physique est un facteur aggravant), ni au conseil technique et économique. Malgré la forte émigration masculine, les femmes ne maîtrisent ni les choix de productions végétales, ni l’affectation de la production, ni les revenus éventuels, sauf pour le maraîchage. Les femmes et les jeunes ont un accès au foncier, contrôlé par l’autorité coutumière, particulièrement difficile et précaire.

La zone dispose cependant d’un potentiel sous-valorisé significatif. Il se situe dans: (i) la maîtrise et la valorisation des eaux de surface par une agriculture performante (pluvial, décrue, irrigation), (ii) la préservation et la reconstitution du couvert végétal (arboré notamment) par le contrôle de l’érosion et du ravinement, la gestion durable des pâturages pour un élevage plus performant, et la valorisation de produits forestiers non ligneux (gomme arabique notamment). De plus, au cours des dernières années, les municipalités se sont indéniablement imposées comme des acteurs clés à l’échelle locale. Leur légitimité et leur utilité sont reconnues même si la cohésion (ou « l’identité ») communale reste faible.

 

[1]        Sur la base du recensement de 2000 (un recensement est prévu en 2011)